En 1967, le cinéaste polonais Andrzej Brzozowski tourne un court métrage saisissant dans la zone des crématoires II et III d’Auschwitz-Birkenau. Il y filme des archéologues exhumant des milliers d’objets ayant appartenu à des victimes, essentiellement juives, assassinées dans les chambres à gaz. Ces 14 minutes sombrent très vite dans l’oubli et les objets disparaissent.
Cinquante ans plus tard, Ania Szczepanska redécouvre cette œuvre et se lance dans une quête bouleversante : comment ce film a été possible en pleine Pologne communiste ? Qui était cet archéologue ? Et que sont devenus ces 16 470 fragments d’humanité ? Au fil de l’enquête, elle exhume des mémoires enfouies, va à la rencontre de celles et ceux qui ont rendu cette découverte possible et explore des archives méconnues.
Avec les premiers films de Brzozowski, figure étonnante du cinéma polonais, émergent d’autres œuvres : des fictions, des documentaires, des actualités, mais aussi des films amateurs tournés dans les années 1950-60, ainsi que des courts métrages scientifiques à l’esthétique troublante, proches du cinéma expérimental. Cinéma et histoire se rencontrent et se répondent dans ce film où les enjeux mémoriels s’incarnent dans un film.
A travers ce récit, une question s’impose : que faisons-nous aujourd’hui de cette mémoire fragile, de ces traces silencieuses que l’histoire nous transmet ? C’est une page méconnue de l’histoire polonaise qui se révèle — et avec elle, notre responsabilité à la faire vivre.


