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« Puis, j’ai découvert que chaque inflexion de ma voix, chaque mot dans ma bouche était un mensonge, un jeu qui ne servait qu’à couvrir le vide et l’ennui. Il n’y avait qu’une façon de se soustraire au désespoir et à l’effondrement. Se taire. Chercher à parvenir, derrière le silence à la vérité ou du moins à rassembler les ressources dont je peux encore disposer. »
Ingmar Bergman

La septième édition du Festival L’Europe autour de l’Europe a débuté avec Le pas suspendu de la cigogne, en hommage à Théo Angelopoulos.

La Cérémonie de Clôture a eu lieu le 14 avril à la Cité de l’Immigration, cadre idéal pour conclure le Festival ouvert sur le thème de l’immigration, avec la projection de Forteresse, du Suisse Frédéric Molger. Le Jury composé, de Pierre-Henri Deleau, fondateur de festivals, Jean François Lepetit, producteur, et présidé par Jean Douchet, écrivain a décerné pour la première fois le «PRIX SAUVAGE» au réalisateur slovaque du film Gypsy, Martin Sulik à l’unanimité. La Mention spéciale, à l’unanimité également, est allée à Andrijana Stojkovic, réalisatrice serbe, pour The Box. Le prix a été remis par Doris Pack, présidente de la Commission culture du Parlement européen.

Le Festival 2012 aura apporté des toutes nouvelles et excellentes adaptations de romans au cinéma. L’Idiot de Dostoievski que l’Estonien Rainer Sarnet a tourné dans des églises abandonnées. Génération P de Viktor Ginzburg, un véritable choc esthétique, d’après l’auteur culte du postmodernisme russe, Viktor Pelevin, approche nécessaire et suffisante pour figurer l’émergence de la nouvelle société russe du début du millénaire, régie par la publicité et le crime organisé. Une nouvelle vision du Feu Follet de Drieu la Rochelle du très talentueux Norvégien Joachim Trier, Oslo 31 août, a montré que l’on peut être grand auteur et aimé par le grand public. Vaclav Havel nous a livré ses conclusions sur une période et sa fin, avec Sur le départ, son film testament. Jusqu’au dernier moment de sa vie, il nous aura surpris, le grand dramaturge. Qui d’autre à part nous, une enquête de l’intérieur sur la bande Baader-Meinhof, de l’Allemand Andres Veiel, fait partie des films dont nous avons besoin de façon urgente.

Les mondes de Goethe, de Joyce, de Hamsun, nous ont été servis par des maîtres, Murnau, Huston ou Henning Carlsen. Le public du Festival a pu redécouvrir La Faim, certainement un des plus beaux et mystérieux films du cinéma mondial d’après le roman éponyme de Knut Hamsun. en la délicieuse présence de son immense réalisateur Henning Carlsen.

Des chefs d’ouvres de Alexandre Petrovic (A bientôt la fin du monde avec Annie Girardot) et Le Bouleau de Ante Babaja, pratiquement inédits, ont encore une fois confirmé que les Europes ne se connaissent pas, que les Balkans aussi disposent de véritables trésors cinématographiques, oubliés ou jamais connus.

Le festival nous aura permis d’admirer le design raffiné, fonctionnel et écologique des Instituts danois et finnois ainsi que leurs films qui respirent la liberté, l’audace et la démocratie toute nordique. Les splendides caves du Centre culturel serbe ont accueilli cette année des classiques du film expérimental. L’Institut hongrois était bondé pour le débat sur la Hongrie programmé à l’occasion de la présentation des films Le cheval de Turin de Bela Tarr et Hongrie 2011. La blanche et  » trendy  » Door Gallery, lieu inattendu et sophistiqué pour la séance de Crime de Pasternak, minutieuse reconstitution de l’aventure du Manuscrit du Docteur Jivago, avec Arts Arena de l’Université américaine de Paris. La Norvège était près de nous avec, le Réscapé d’Arne Skouen, l’excellent Les Vagabonds, d’Ola Solum, le Edgar Munch de Watkins, l’autobiographique L’Infidèle de Liv Ullmann, écrit par Bergman, et ses auteurs nous ont donné envie d’en retrouver d’autres.

Eugène Green, déjà invité d’honneur du Festival 2011 et Benoît Chantre de l’Association des Recherches mimétiques nous ont proposé quelques éléments d’analyse de grande pertinence du Procès de Jeanne d’Arc de Bresson pour mieux nous interroger sur la si préoccupante question du droit et de la justice. Le témoignage de Florence Delay, actrice principale et de Mylène Bresson, épouse et assistante de Robert Bresson sur les correspondances et divergences des univers de Tarkovski et de Bresson fut éclairant. Philippe Herzog nous a présenté le Berlin de L’Allemagne Année Zéro de Rossellini avec sa réflexion philosophique sur les conditions de possibilités d’un nouveau départ pour l’Europe en 1949.

Le festival L’Europe autour de l’Europe a été conçu comme un lieu de confrontations des idées, des mondes, des esthétiques, des poétiques dans une atmosphère d’amitié, de désir de connaissance, de multilinguisme et d’affinité avec l’Europe. Par ces rencontres professionnelles, ses événements débats et son succès grandissant auprès du public, nous espérons qu’il contribuera à la survie et à la prospérité de ces énergies créatives, si particulières et uniques, propres aux peuples de l’Europe depuis son origine.

PRIX SAUVAGE — Argument