Archive pour 2010

The offsiders

Vendredi 12 mars 2010

L’action se déroule dans la Pologne d’aujourd’hui. Nous sommes en Silésie, dans une ville minière, qui depuis la fermeture de la mine n’offre à ses habitants que la vodka et le football. Jacek Mroz est originaire de cette ville. A vingt ans, c’était l’un des joueurs de l’équipe nationale polonaise; à la suite d’une blessure il dû renoncer à la Coupe du Monde. Ce fut le début de sa lente déchéance, à l’image du délabrement de sa ville, et de tout ce qui l’entourait.
A près de 40 ans, il enseigne le sport à l’école primaire. Sa famille s’est décomposée.
Il semble qu’une nouvelle chance s’offre à lui – on lui propose d’être l’entraîneur d’une équipe de troisième division. Malheureusement, et c’est plus fort que lui, il n’est pas capable de tolérer la corruption et la malhonnêteté qui règnent dans le milieu. Il entre vite en conflit avec les parrains locaux ; non seulement il n’obtient pas le poste, mais il est forcé de quitter la ville.
Sa famille fait aussi l’objet de menaces, et il finit par couper les ponts, par mesure de sécurité.

17 Août

Jeudi 11 mars 2010

Un jour de la vie de Boris Bezotechestvo, enfermé dans la première prison russe pour condamnés à perpétuité. Indépendamment du crime commis par le détenu, le film montre l’inhumanité de l’isolement carcéral à perpétuité qui se termine seulement lorsque l’interné ressort les pieds devant par une porte latérale du bâtiment grillagé. Avec l ‘exemple de Bezotechestvo, le réalisateur esquisse une parabole visionnaire du déclin d’une société ; il dépeint, par sécheresse formelle aux rares couleurs, un sombre tableau de la dissolution de l’ordre moral et social.

17 août a reçu le 10 février 2010 le prix du meilleur documentaire au festival de Mumbai

« Un jour dans la vie de Boris Bezotechestvo. Un jour comme celui qui vient de finir, un jour comme celui qui commence. Se laver les dents devient un rite, se raser une occupation; les exercices physiques permettent de garder la forme – dans quel but, d’ailleurs? Un chat regarde par une fenêtre grillagée et arrive tout juste à se faufiler. Un oiseau passe en voletant, une araignée vient lui rendre visite; par moments, on entend le clapotis de la pluie au-dehors. La caméra cadre un judas rectangulaire dans la porte de la cellule et observe à travers celui-ci le prisonnier qui arpente sans fin son espace confiné comme s’il devait s’imprégner du trajet parcouru. Par moments, la marche est interrompue par l’ingestion de la nourriture dans un bol en fer-blanc ou par une courte sortie en plein air, dans une nouvelle cage. Et le va- et-vient dans la cellule recommence. Qui est cet homme? Pour quelle raison est-il pratiquement emmuré? La caméra montre un écriteau à côté de la porte de la cellule. Il y est écrit: «Prisonnier Boris Bezotechestvo. Perpétuité. Article 102. Risque d’évasion. Agressif. Triple meurtrier.» Il est enfermé dans la première prison russe pour les détenus à vie. Ces quatre murs et la vue par une fenêtre munie d’une grille constituent son univers. La cellule commence à le dévorer. Le film montre – en dépit du crime commis par le détenu – d’abord l’inhumanité de l’internement cellulaire à perpétuité qui ne prend fin que quand le détenu est évacué hors du bâtiment avec les grilles, par une sortie latérale. Il montre le complet isolement d’un être laissé seul, monologuant et essayant de dialoguer avec Dieu, auquel il ne croit pas du tout selon l’auteur. Le film essaie de refléter la situation sans issue de son pro­tagoniste vue de différents angles, mais tou­jours finalement au travers du judas de la porte de la cellule.
En prenant l’exemple d’un individu, Alexander Gutman ébauche une parabole visionnaire sur la décadence d’une société, en brossant, avec une sévérité formelle et des couleurs fortement contenues, un tableau lugubre de la dissolution de l’ordre sociétal et moral. Son film se développe en un voyage de découverte et de perception esthétiques et se densifie au cours des perspectives continuellement renouvelées en une méditation magique sur le temps et le caractère éphémère pour atteindre, à l’horizon de la création et de l’apocalypse, une dimension métaphysique.
Au commencement du film, on entend les pas d’un homme qui disparaît dans les nappes grises du brouillard. A la fin du document envoûtant, une charrette attelée à un cheval surgit du brouillard. Sur ce véhicule se trouve une longue boîte en bois. Boris Bezotechestvo la suit des yeux le plus longtemps possible, par la fenêtre de la cellule. Gutman renonce consciemment à des indications plus précises sur le lieu, l’époque et la manière dont il a tourné les images de son film. Pour lui, l’internement, l’étroitesse de l’espace entre les parois de béton sont un symbole de son pays. La société en Russie – c’est ce qu’il veut exprimer – n’a pas changé. Sa déclaration devient une image: «The prison where the character of my film stays is contemporary Russia.» (Rolf Niederer)

Fat Stupid Rabitt

Dimanche 7 mars 2010

Cette comédie lyrique raconte l’histoire d’un acteur d’un théâtre provincial pour enfants qui a joué toute sa vie le rôle d’un lapin jaune. Et pourtant il rêve de jouer du Shakespeare….

« Slava Ross a choisi une mise en scène extravagante qui illustre bien la vie intérieure du personnage, perdu, qui confond ses rêves et la dure réalité : le théâtre devient un univers onirique. Le montage casse la narration et rompt alors avec l’illusion réaliste : on passe d’une manière récurrente d’une scène à une autre en utilisant un rideau qui s’assimile à celui du théâtre. Ceci donne l’impression d’assister à une pièce : c’est alors le théâtre qui envahit le cinéma. La lumière qui couvre la majorité du film est assez sombre, dans les tons orangés et renforce l’aspect irréel et l’illusion. Est-on dans la réalité ou dans l’imaginaire du personnage ? »

Voir l’article de Céline Anton paru dans la rubrique Arts Visuels sur le site du magazine Fragil, le 31 janvier 2008.

Meilleur scénario Festival du cinéma russe à Honfleur, France, 2007

Meilleur premier film Festival du cinéma russe à Honfleur, France, 2007

Prix du meilleur premier film au Festival des films comiques « Smile Russia » à Astrkhan, 2007

Les Zazous

Dimanche 7 mars 2010

Comédie musicale. Moscou. Début des années 50. Des jeunes se battent pour le droit de ne pas être comme les autres – d’écouter une autre musique, de s’habiller différemment et, bien sûr, de s’aimer. Tubes à succès, choréographie éblouissante, sujet captivant et boulversante histoire d’amour dans de somptueux décors.

« Dans ce film très coloré et résolument rock, Valéri Todorovski met magistralement en scène et en musique les morceaux de vie de jeunes anti-conformistes, grands fans de l’Amérique, du jazz et de l’amour libre qui se battent pour leur liberté d’exister contre les jeunes du Komsomol stalinien. Dans le Moscou des années cinquante, ceux-ci se retrouvent sur leur Broadway local ou dans la piaule d’un pote pour faire la fête et danser le Boogie-woogie.
Les deux camps se font la guerre et des amours naissent, le tout sur fond de musique rock, de rap et de chorégraphies à couper le souffle. Tous les plus grands tubes du Rock russe (Tsoï, Tchaïf, Boutousov…) sont adaptés à l’histoire du film et s’additionnent à merveille au scénario, aux décors, aux costumes et aux superbes performances des acteurs pour donner à ce film singulier toute sa vivacité. » Source

(Prix de l’académie du cinéma Nika pour meilleur film et meilleur acteur, l’Aigle d’Or pour meilleur film et meilleur scénario, Prix du Public au Festival International d’Anchorage)

La Merditude des Choses

Dimanche 7 mars 2010

Gunther Strobbe a 13 ans et une vie compliquée. Le jeune garçon partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles. Quotidiennement, il baigne dans un climat de beuveries effrénées, de drague éhontée et de paresse infinie… Tout porte à croire qu’il subira le même sort, à moins qu’il ne parvienne à se « démerder »…

Ce film est né d’une rencontre entre Felix Van Groeningen et les livres de Dimitri Verhulst
chez qui il a aimé l’art d’embarrasser l’autre tout en l’accueillant positivement. Il a été conquis par son art de mettre ‘en lumière toutes les failles humaines sans compromis mais avec humour…ce n’est qu’à la fin que vous découvrez l’unité de ce qui semblait, à  priori, un récit décousu.’ Il était persuadé que l’adaptation de ce roman de 2006 serait impossible, mais dès qu’il décida de s’y attaquer, il convint avec son équipe et l’auteur du roman que ‘le film serait de toute façon meilleur que le livre’.
Il avoue avoir ‘collé au matériau de base’, et la condition siné qua non de toute adaptation, selon lui, c’est de tomber vraiment amoureux de l’oeuvre de départ.
Et si Van Groeningen nous offrait  là un art nouveau de faire du cinéma populaire, de trouver matière à créer dans la ‘brutité’ des choses et des hommes, et de faire que cet art sublimant creuse le réél pour retrouver l’humanité profonde de ceux auxquels le langage et la culture  manquent et qui n’ont, de fait, aucun raffinement. FelixVan Groenongen ne filme pas comme Bruno Dumont ou les frères Dardenne mais son cinéma puise sa force dans le même terreau .  L’humour qu’il cultive donne du sens à ses descriptions impitoyables de la vulgarité, de la méchanceté,  de la folie (le championnat mondial de la boisson) et de la violence faite au corps et à l’âme de l’enfant qui est le héros du film. Faire passer du rire aux larmes sans tomber dans les pièges du cynisme ou de la sinistrose (en ce sens son film est très éloigné du Fish Tank de Andrea Arnold), voici l’art consommé d’un réalisateur qui nous réserve un bel avenir.
Rythmée par les chansons de Roy Orbison et l’excellente musique originale, à tous les sens du terme,  de Jef Neve, cette reconstitution contemporaine des années 80 ne manquera pas de séduire  par son brio et sa superbe.

Prix C.I.C.A.E. du Festival de Cannes, mention spéciale

Au feu, les pompiers

Dimanche 7 mars 2010

Dans une petite ville de province, le comité du bal des pompiers prépare fiévreusement la soirée afin que tout se passe bien. L’une des principales attractions doit être la remise d’une hache d’or à l’ancien commandant du corps des pompiers volontaires, aujourd’hui à la retraite. On procédera également à l’élection d’une Reine de beauté, et au tirage d’une tombola. Malheureusement, tout ne va pas se passer comme prévu…

« Quand je pense à mes premiers films, il me semble qu’ils exprimaient, avant tout, une volonté d’y voir clair » Miloš Forman

« Au feu les Pompiers! est l’œuvre de la maturité des saisons Tchèques de Forman et dont l’écriture très élaborée a nécessité le plus de travail. Loin de l’univers de la jeunesse, de ses errements, cette fois c’est un vrai pamphlet, une prise de position. Il explore le monde des ‘grands’, ces adultes, assez vieux d’ailleurs, murés dans une organisation collective dogmatique aberrante dont chacun se fait le complice et tire les avantages de sa position. Une fois de plus c’est une fête populaire qui sert de cadre privilégié à sa satire sociale et politique. Il se joue dans ce rituel collectif, quelque chose d’universel – hypocrisies et bassesses, empathie, solidarité, mépris – une mécanique applicable à une société, à un pays. Fondé sur le ‘pas vu, pas pris’ et des valeurs devenues des leurres de façade, c’est un système fragile qui s’emballe, s’effondre et disparaît dans un incendie. Les pompiers sont incapables de maîtriser le déroulement de leur soirée. Forman affirme brillamment un style déjà présent dans ses opus précédents, une caméra légère et mouvante et une grande liberté dans l’expression cinématographique au service d’une comédie amère, librement composée […] une allégorie politique, un mélange de comique et de pathétique à la Chaplin. » Texte écrit à l’occasion de la réédition en copies neuves des films tchèques de Forman.

Nulle part terre promise

Dimanche 7 mars 2010

Une étudiante part sac au dos et filme longuement ceux qui n’ont rien, dans les trains ou sur les trottoirs, un cadre supervise une délocalisation, d’un site français occupé par les ouvriers licenciés jusqu’à une friche hongroise, tandis qu’un groupe de kurdes tente de rallier l’Angleterre dans des conditions épouvantables.

« Quand je filme ces êtres, il faut que le spectateur croie qu’ils sont les artisans de leur propre présent, que chaque personnage est une énigme pour un autre personnage comme dans la vie les gens que nous rencontrons sont des énigmes pour nous. On ne sait ce que pense l’autre mais l’on peut parfois sentir profondément ce qu’il ressent, que ce soit le malaise, le doute, etc. C’est comme ça que j’ai construit mon cadre dans le film, des gros plans sur les visages où le spectateur peut ressentir ce que le personnage ressent. On n’a pas besoin d’en savoir plus, et certains me reprocheront de m’écarter des personnages classiques où l’on déballe toute une psychologie à travers des dialogues et des enjeux dramatiques .(…) Je ne veux pas que le spectateur se projette dans la voie de l’histoire comme l’on peut se projeter dans la figure d’un héros.  » Entretien avec David A. Pour le site Excessif

Lors d’un entretien avec Antoine de Baecque, Emmanuel Finkiel définit son film: « Ce film est une tentative de description assez rigoureuse et précise d’un monde matériel, fait d’objets, de corps, de trajets géométriques, presqu’un film abstrait. Une écriture qui tient compte du caractère disparate et hétérogène du monde, un peu comme certains textes du nouveau roman. » source

Bande annonce trailer

Souvenirs et témoignages sur Danilo Kiš

Dimanche 7 mars 2010

Film-portrait de l’écrivain serbe Danilo Kiš qui se considérait comme un écrivain d’Europe Centrale, tant à cause des sujets qu’il traitait, que par ses origines. A travers des témoignages de Dragoslav Mihajlović Mihiz, critique littéraire serbe, Peter Esterhazi, écrivain hongrois et ses éditeurs. La parole de Kiš est conservée à travers des extraits d’entretiens avec Bora Krivokapić et Dževad Sabljaković.

La vie et la mort d’un gang porno

Samedi 6 mars 2010

Prix spécial du jury à Ravenne en octobre 2009, au festival du film de cauchemar (Ravenna Nightmare Festival).
Marco, las de se voir refuser des fonds pour tourner un film, monte un spectacle porno puis le transforme en un cabaret  qui part en tournée. S’ensuivent des heurts fréquents, entre eux et avec leur public. La troupe est composée de travestis, drogués etc… qui sont joués par des acteurs qui ne travaillaient pas dans le porno et Mladen Djordjevic  rend hommage à leur magnifique travail d’acteur.

Dans ce film il s’attache à décrire les oppositions entre la ville et la campagne, entre les pulsions de vie et de mort, dans le contexte des Balkans. Il se refuse à tout manichéisme et refuse de prendre parti.
La violence de certaines scènes n’est pas du goût de tous les spectateurs mais Mladen Djordjevic  ne s’émeut pas de ces critiques. Il tient à monter la boue et l’enfer, le qualificatif de  ‘trash’ ne le choque pas.

Entretien avec l’auteur

Prix spécial du jury à Ravenne en octobre 2009, au festival du film de cauchemar (Ravenna Nightmare Festival).

L’Amateur

Samedi 6 mars 2010

La vie de Filip Dlugosz va soudain basculer le jour ou il fait l’acquisition d’une camera d’amateur. Père de famille tranquille et heureux, sa nouvelle passion va lui ouvrir les portes du monde qu’il arpente avec curiosité et créativité, muni de son troisième œil. Mais comme tout véritable artiste, il va devoir payer cher ce désir de vie intense… Grand prix du Festival de Moscou 1979.

Filip Mosz (Jerzy Stuhr), employé dans une fabrique d’une petite ville, achète une caméra 8mm pour filmer la naissance de sa fille et se découvre une passion envahissante pour le cinéma. Il ne se contente bientôt plus de filmer sa famille mais filme aussi ses voisins et les moindres événements de la rue. Il filme son usine et ses collègues de travail et en devient vite le chroniqueur officiel. Il gagne un prix à un concours amateur à Varsovie.
A son retour, il filme d’une façon de plus en plus obsessionnelle et s’attire les foudres du censeur politique pour avoir montré, avec des bonnes intentions, un vieil ouvrier handicapé. On lui fait comprendre qu’il n’a pas à filmer toute la réalité quotidienne mais la réalité officielle. Son chef, qui l’avait toujours protégé, est mis à la retraite. Sa femme, de son côté, furieuse et désespérée de ne plus le voir que la caméra à la main, le quitte avec le bébé. Mosz, qui se retrouve seul dans l’appartement désert, tourne alors la caméra vers son visage.

« Dans l’Amateur, il y avait de secteurs professionnels et des gens qui jouaient leur propre rôle sous leur propre nom, par exemple Krzysztof Zanussi qui vient assister à une projection du film de Mosz, ce qu’il faisait aussi dans la vie. Ces soirées étaient fréquentes à l’époque.
Le protagoniste se découvre une véritable fascination pour le cinéma en faisant un « home movie » en 8mm à la naissance de sa fille. La fascination est un sentiment terriblement « amateur ». Je n’ai jamais ressenti cela. J’ai fait des films parce que c’était mon métier, et que j’étais trop paresseux ou trop stupide, ou les deux ensemble, pour en changer.
Vous pouvez consacrer plus de temps à votre famille si vous travaillez en usine mais, a contrario, l’attention que vous portez à votre famille lorsque vous faites du cinéma, est plus intense, plus explicite. Parce que, justement, vous vous sentez coupable – cela je le ressens – de ne pas leur accorder assez de temps et d’attention. Quand je ne tourne pas, je me consacre alors à ma vie de famille avec une intensité exceptionnelle.
Etre toujours ou rarement en famille : les deux choses sont possibles, l’amour est possible dans les deux cas, une forme d’harmonie et une forme d’agrément possibles, et dans les deux cas, le désaccord et la haine sont également possibles.
Pourquoi Filip, le fou de cinéma, détruit-il son film à la fin ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Toujours la même et unique chose : il détruit ce qu’il a créé sans renoncer, puisqu’il tourne la caméra vers lui-même. Il se rend tout simplement compte qu’il s’est enfermé dans un piège, et que tout en faisant ses films d’amateur avec de bonnes intentions, ils peuvent être utilisés avec de mauvaises intentions. Cela ne m’est pas arrivé. Je n’ai jamais vraiment détruit mes films. Mais si j’avais su que la censure allait confisquer les bobines de Station, j’aurais exposé la pellicule avant qu’elle soit confisquée. »
Krzysztof Kieslowski, in Kieslowski on Kieslowski de Danusia Stock (Faber and Faber, 1993)

« L’Amateur date de 1979 et fut présenté à Paris cette année-là dans la Semaine du Cinéma Polonais. C’est aussi, selon les propres paroles du cinéaste, « le plus optimiste », appréciation qui en dit long sur le tour d’écrou auquel nous soumet le réalisateur dont chaque oeuvre repousse toujours plus loin les limites de la désespérance. Dans cette Pologne qui n’en finit pas de se déchirer tant sont grandes les contradictions entre le pouvoir politique et le pays réel, Kieslowski promène une caméra qui, sans jamais hausser le ton, décrit les distorsions d’une société exsangue.
Dans l’Amateur, le protagoniste, Filip Mosz, commence à filmer le plus ingénument du monde : avec son petit appareil 8mm, il se propose d’enregistrer la croissance de son bébé mais dès lors qu’il a mis l’oeil au viseur, la réalité vient à lui sans qu’il ne puisse plus s’en défaire. De fait, à plusieurs reprises dans le récit, même lorsqu’il n’a pas de caméra à la main, Filip forme un cadre avec ses doigts et le porte à ses yeux pour observer ce qui se passe. »
Jean A. Gili, Positif n°334, décembre 1988